Le travail et les seniors

Le travail des aînés a fait l’objet d’une conférence à la Silver Economy Fair le 15 novembre. Anne-Marie Guillemard, professeur de sociologie à la Sorbonne ; Pascal Dardenne, expert connect ; Philippe Cahen, prospectiviste et Philippe Prévert, économiste, ont échangé sur le sujet.

L’ employabilité et la productivité des personnes âgées dans les entreprises sont devenues un véritable défi pour la société. Mais d’abord, qu’est-ce qu’une personne âgée ? « Ce terme m’ennuie », explique Philippe Cahen. Au sens large, il s’agit de personnes de plus de 50 ans, mais elles représentent 40 % des Français, ce qui est énorme. Dans une entreprise, il est un employé de plus de 45 ans. »

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Anne-Marie Guillemard a ajouté que l’âge n’est plus le bon paramètre pour gérer les populations , qu’il faut s’appuyer sur des chemins individuels. « Les itinéraires sont devenus flexibles, ils ne sont plus standardisés dans le cadre du schéma : formation, travail, retraite. 5% des femmes ont des enfants après 40 ans. Barrières d’âgesont cassés. »

Selon eux, le monde du travail est déconnecté de ces réalités. « Nous sommes considérés comme des personnes âgées à 45 ans dans une entreprise. Entre 30 et 40 ans, c’est la période où l’on estime la rentabilité d’un cadre, explique l’économiste. S’il est rentable, il devient un cadre supérieur, s’il ne l’est pas, il est poussé à la sortie. » Il est donc nécessaire de sortir de ce modèle productiviste et de prendre en compte l’expérience de l’employé afin de le valoriser.

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Encourager le transfert d’entreprises

Selon le sociologue, l’emploi des personnes âgées est très différent d’un pays à l’autre : « En France, il y a beaucoup de pré-retraite, de sorties anticipées du monde du travail et de pannes conventionnelles vers l’âge de 57 à 58 ans. C’est la culture de la sortie anticipée. » En effet, l’employeur considère qu’il est préférable de retirer les 55 parce qu’ils sont moins productifs ou coûtent trop cher. « Pourtant, aucune étude n’amontré que l’âge conduit à une perte de production ! L’expérience doit être considérée comme une richesse et non comme un coût. »

Selon l’économiste, c’est tout le code du travail qui doit être révisé pour encourager l’employabilité des personnes âgées . Les entreprises doivent s’améliorer pour faire de l’expérience de leurs aînés une richesse. Cela signifie encourager la transmission : favoriser la coopération intergénérationnelle, créer une pluralité d’âges dans les équipes et la gestion de projet, créer des couples junior/seniors, etc.

Initiatives à l’étranger

À l’étranger, et en particulier en Europe du Nord, diverses initiatives ont été prises pour préserver l’emploi des personnes âgées . « En Finlande, l’âge légal de la retraite n’est plus fixé », explique Sanne-Marie Guillemard. Il y a un âge fixe de 55 ans et un mécanisme d’incitation pour continuer à travailler. Au-delà de cet âge, l’employé améliore sa retraite. Nous devons ouvrir des choix de vie, offrir des retraites à la carte. »

En Allemagne, il y a beaucoup de personnes âgées dansentreprises et le taux d’absentéisme est élevé. Des initiatives préventives sont donc mises en œuvre  : amélioration de la nourriture dans les cantines professionnelles, amélioration des lieux de travail, des conditions de travail, de l’accessibilité, etc.

« L’absence de personnes âgées en affaires est un mal français », explique Pascal Dardenne. Nous sommes très différents de nos voisins européens. Notre vision est encapsulée autour de 40/50 ans et elle forme l’ensemble de l’organisation. Nous sommes dans une situation démographique complètement nouvelle, nous devons nous adapter pour garder les aînés actifs et préserver notre économie. »

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