On marche normalement, et d’un coup une brûlure remonte le long du bord externe du pied, juste sous la malléole. Le réflexe est de penser à une entorse mal soignée ou à une tendinite des péroniers. Pourtant, quand la douleur sur le côté extérieur du pied s’accompagne de picotements ou d’une zone de peau « morte », c’est souvent le nerf sural qui envoie le signal.
Chaussures de sécurité et irritation du nerf sural : un piège fréquent
Avant de parler d’anatomie, regardons un cas concret que les concurrents oublient. Des névralgies du nerf sural sont régulièrement décrites en médecine du travail chez les porteurs de chaussures de sécurité rigides. Coque dure, tige montante serrée sur la malléole, semelle épaisse sans souplesse : la compression mécanique du nerf devient quotidienne.
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L’amélioration est souvent nette après adaptation des EPI. On parle d’un avant-pied plus large, d’une assise plantaire souple et d’un laçage moins serré sur la zone de la malléole externe. Si la douleur apparaît surtout en fin de journée de travail et disparaît le week-end, la piste des chaussures professionnelles mérite d’être explorée en priorité.

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Trajet du nerf sural et zones de douleur sur le bord externe du pied
Le nerf sural est un nerf purement sensitif. Il naît dans le mollet par la fusion de deux petites branches : le nerf cutané sural médial (issu du nerf tibial) et le nerf cutané sural latéral (issu du nerf fibulaire commun). Il descend ensuite le long de la partie postérieure de la jambe, passe derrière la malléole externe, puis longe le bord latéral du pied jusqu’au petit orteil.
Sa position superficielle, juste sous la peau, le rend vulnérable. Un choc direct sur la cheville, un plâtre trop serré, une cicatrice post-opératoire ou même une chaussure mal ajustée suffisent à l’irriter.
Ce que le nerf sural transmet (et ce qu’il ne transmet pas)
Ce nerf transmet le toucher, la température et la douleur sur la face externe du pied, le talon latéral et la cheville. En revanche, il ne commande aucun muscle. Une atteinte du nerf sural ne provoque donc ni faiblesse ni perte de mobilité du pied, uniquement des troubles sensitifs : brûlures, picotements, engourdissement, hypersensibilité au contact.
C’est un critère de distinction utile. Si la douleur sur le côté extérieur du pied s’accompagne d’une difficulté à relever le pied ou à marcher sur les talons, le problème vient probablement d’un autre nerf ou d’une lésion tendineuse.
Diagnostic de la névralgie surale : pourquoi l’échographie change la donne
Le diagnostic repose d’abord sur l’examen clinique. Le médecin recherche une douleur provoquée à la palpation du trajet du nerf, une zone d’hypoesthésie sur le bord externe du pied, et un signe de Tinel (une décharge électrique déclenchée en tapotant le nerf derrière la malléole).
L’électromyogramme reste un outil classique, mais depuis quelques années, l’échographie haute résolution a transformé l’approche diagnostique. Elle permet de visualiser directement un nerf sural épaissi, coincé dans une fibrose ou comprimé par une structure adjacente. Plusieurs équipes montrent qu’elle guide aussi les infiltrations ciblées (corticoïdes, anesthésique local) avec de meilleurs résultats fonctionnels que les injections réalisées à l’aveugle.
Après une arthroscopie de cheville : un risque sous-estimé
Un cas particulier mérite attention. Les séries de cas en chirurgie orthopédique signalent une fréquence notable de douleurs neuropathiques sur le bord externe du pied après arthroscopie de cheville, en particulier lorsque les ports d’entrée latéraux sont proches du trajet du nerf sural.
Le repérage échographique pré-opératoire du nerf réduit significativement ce risque. Si une douleur nerveuse apparaît dans les semaines suivant une arthroscopie, la piste d’une lésion iatrogène du nerf sural doit être évoquée avec le chirurgien.

Solutions concrètes contre la douleur du nerf sural sur le côté externe du pied
Le traitement dépend de la cause identifiée. On distingue deux situations : la compression mécanique (réversible) et la lésion nerveuse installée (plus complexe).
Premiers gestes et mesures conservatrices
- Repos relatif et adaptation des chaussures : passer à des chaussures souples, sans pression sur la malléole externe. Pour les travailleurs en EPI, demander un aménagement de poste temporaire
- Application de froid sur la zone douloureuse (derrière la malléole) pendant une quinzaine de minutes, plusieurs fois par jour, pour réduire l’inflammation locale
- Étirements doux du mollet et de la chaîne postérieure, qui diminuent la tension mécanique sur le nerf sural le long de son trajet
- Semelles orthopédiques sur mesure pour corriger un appui excessif sur le bord externe du pied, notamment en cas de pied varus
Dans la majorité des cas de compression mécanique, ces mesures suffisent à soulager les symptômes en quelques semaines.
Infiltrations guidées et neuromodulation
Quand la douleur résiste au traitement conservateur, l’infiltration sous guidage échographique constitue l’étape suivante. L’injection ciblée d’un corticoïde associé à un anesthésique local autour du nerf sural permet de lever l’inflammation et de confirmer le diagnostic en même temps.
Pour les douleurs réfractaires, des rapports récents en algologie décrivent l’usage de la stimulation électrique périphérique du nerf sural. Cette technique de neuromodulation, encore en cours d’évaluation, cible spécifiquement le nerf responsable de la douleur. Les retours varient sur ce point, et la technique n’est pas encore proposée dans tous les centres spécialisés.
Tendinite des péroniers ou névralgie surale : ne pas confondre
La tendinite des péroniers et la névralgie du nerf sural partagent la même localisation, ce qui rend la confusion fréquente. Le tableau suivant résume les différences utiles au diagnostic :
| Critère | Tendinite des péroniers | Névralgie du nerf sural |
|---|---|---|
| Type de douleur | Mécanique, augmente à l’effort | Brûlure, picotements, décharges |
| Sensibilité cutanée | Normale | Diminuée ou augmentée sur le bord externe |
| Douleur à la contraction | Oui (éversion contrariée) | Non |
| Signe de Tinel | Absent | Présent derrière la malléole |
Quand les deux coexistent (ce qui arrive, le tendon et le nerf étant voisins), le traitement doit couvrir les deux composantes sous peine de résultat partiel.
La douleur sur le côté extérieur du pied liée au nerf sural reste sous-diagnostiquée parce qu’on pense d’abord aux os et aux tendons. Garder en tête qu’un nerf sensitif superficiel passe exactement là où on a mal, c’est souvent le déclic qui accélère la prise en charge. Un examen clinique orienté, complété si besoin par une échographie, suffit généralement à poser le diagnostic et à choisir le bon traitement.

