Les escarres se classent en quatre stades selon la profondeur de l’atteinte tissulaire, auxquels s’ajoutent deux catégories particulières reconnues par les guides internationaux. Cette classification conditionne directement les décisions de soins : un stade mal identifié retarde la prise en charge et aggrave le pronostic. Le terme stade escarres recouvre une réalité clinique plus nuancée que la simple progression de 1 à 4, notamment parce que certaines lésions ne peuvent pas être classées immédiatement.
Ce que révèle la peau avant toute rupture : stade 1
L’escarre de stade 1 se manifeste par une rougeur persistante sur une zone d’appui, qui ne blanchit pas à la pression du doigt. La peau reste intacte, mais la lésion est déjà présente au niveau tissulaire.
Ce signe – la rougeur non blanchissante – est le repère classique. Sur les peaux foncées, il devient peu fiable. Les guides cliniques, notamment les recommandations NICE et les ressources de Monash Partners, indiquent que l’évaluation doit alors prendre en compte la douleur locale, la chaleur, les variations de fermeté ou d’humidité. S’appuyer uniquement sur la couleur expose à passer à côté d’un stade 1 sur peau mate.
La réaction à ce stade est décisive : lever la pression, repositionner, surveiller. La lésion peut encore régresser complètement.
Rupture cutanée et escarre stade 2 : lire la plaie
Au stade 2, la barrière cutanée est rompue. La lésion peut prendre la forme d’une phlyctène (ampoule) intacte ou ouverte, d’une érosion superficielle ou d’un ulcère peu profond à fond rose. Le derme est atteint, mais pas les couches plus profondes.
La distinction entre une phlyctène de pression et une lésion d’humidité (macération, dermatite) est un point de diagnostic non trivial. Les deux peuvent coexister et se confondre à l’examen, ce qui oriente différemment le traitement local.
À ce stade, les soins visent à protéger la plaie, à maintenir un environnement humide propice à la cicatrisation, et à poursuivre les mesures de décharge. La cicatrisation reste accessible si la pression est durablement levée.
Stades 3 et 4 : l’atteinte profonde des tissus

Le stade 3 correspond à une perte de substance complète atteignant l’hypoderme, sans exposition visible des structures sous-jacentes (os, tendon, capsule articulaire). La profondeur de la lésion varie selon la localisation : les zones à faible tissu adipeux, comme le talon ou l’arrière de la tête, produisent des stades 3 peu profonds en apparence, mais l’atteinte peut être étendue en surface.
Au stade 4, les structures profondes sont exposées ou directement impliquées. Le risque d’ostéomyélite (infection osseuse) et de sepsis impose une évaluation médicale urgente. Un stade 4 non pris en charge engage le pronostic vital.
Dans les deux cas, la présence de tissu nécrotique ou de fibrine peut masquer le fond de la plaie et rendre difficile l’évaluation précise de la profondeur.
Lésions non classables et lésion tissulaire profonde : deux catégories à ne pas ignorer
Deux situations cliniques ne rentrent pas dans la grille stade 1 à 4 et méritent une attention particulière.
La première est l’escarre non classable : le fond de la plaie est entièrement recouvert de tissu nécrotique ou de fibrine, rendant impossible la détermination de la profondeur réelle. Le stade ne peut être établi qu’après détersion, lorsque les tissus sous-jacents deviennent visibles. Exception importante : une escarre sèche, adhérente et intacte au niveau du talon ou d’un membre ischémique ne doit pas être retirée automatiquement – son retrait peut aggraver la situation.
La seconde catégorie est la lésion tissulaire profonde (deep tissue injury dans la terminologie internationale). Il s’agit d’une zone intacte de couleur violacée ou lie-de-vin, parfois accompagnée d’une ampoule sanguine, sans ouverture cutanée visible. Cette présentation peut tromper : la peau est fermée, mais les tissus sous-jacents sont déjà lésés par la pression ou le cisaillement. Le guide international EPUAP/NPIAP/PPPIA souligne que cette lésion peut évoluer rapidement et ne garantit pas une évolution vers un stade superficiel.
Zones à risque et facteurs qui accélèrent la progression
Les escarres se forment principalement sur les saillies osseuses : sacrum et talons concentrent la majorité des cas chez les patients alités, selon les données d’Urgo Medical. Coudes, trochanter, chevilles et occiput sont également concernés chez les patients en position fixe prolongée.
Certains facteurs accélèrent la dégradation tissulaire et compliquent la classification :
- Dénutrition et déshydratation : la fragilité cutanée augmente et la cicatrisation ralentit, rendant la progression entre stades plus rapide.
- Humidité prolongée (incontinence, transpiration) : elle fragilise la barrière cutanée et favorise la macération, aggravant une lésion déjà présente ou en déclenchant une nouvelle.
- Troubles sensoriels ou état de conscience altéré : le patient ne perçoit pas la douleur qui alerterait normalement sur la nécessité de bouger, ce qui prolonge la durée d’exposition à la pression.
- Cisaillement : lorsqu’un patient glisse dans son lit ou son fauteuil, les forces de cisaillement endommagent les vaisseaux en profondeur avant même que la surface cutanée ne soit atteinte – mécanisme impliqué dans les lésions tissulaires profondes.
Ce que le stade implique concrètement pour les soins
La classification n’est pas une fin en soi : elle structure la réponse clinique. Un stade 1 appelle une décharge immédiate et une surveillance rapprochée. Un stade 2 nécessite des soins locaux adaptés à la forme de la lésion (phlyctène, érosion) et une réévaluation régulière. Les stades 3 et 4 requièrent une prise en charge pluridisciplinaire, souvent avec détersion, pansements spécialisés et contrôle de l’état nutritionnel.
Pour les lésions non classables, le traitement local ne peut être pleinement défini avant que la profondeur soit établie. L’objectif intermédiaire est la détersion progressive, sauf contre-indication (ischémie, escarre sèche stable au talon).
- Stade 1 : levée de la pression, protection cutanée, repositionnement planifié.
- Stade 2 : soins de la plaie selon son aspect (humide ou sec), maintien de la décharge.
- Stades 3-4 : évaluation médicale, détersion si nécessaire, surveillance de signes d’infection locaux et généraux.
- Lésion tissulaire profonde : surveillance rapprochée, décharge stricte, réévaluation fréquente de l’aspect.
La progression entre stades peut être rapide, parfois en quelques heures pour les formes sévères. Identifier le stade d’une escarre avec précision – et reconnaître les deux catégories qui échappent à la grille numérotée – reste la condition première d’une réponse adaptée.

