Baubo, le rire qui libère : ce que la mythologie dit du bien-être des mères

Entre le dad blessing qui célèbre les pères exemplaires sur les réseaux et le dad bashing qui les fustige, une question surgit presque inévitablement : et les mères, elles, qui s’en préoccupe vraiment ? Derrière les débats sur le partage des tâches et les jugements croisés, le bien-être intime et psychologique des femmes reste souvent le grand angle mort. C’est là qu’une figure venue de l’Antiquité grecque reprend, étonnamment, toute sa pertinence.

Baubo, la déesse qui fit rire Déméter

Le mythe est aussi bref qu’efficace. Déméter, inconsolable après la disparition de sa fille Perséphone, dépérit et refuse de s’alimenter. Sa servante Baubo tente alors un geste radical : elle soulève ses jupes et exhibe sa vulve. Déméter éclate de rire, sort de sa torpeur, retrouve l’appétit. Ce personnage de la mythologie grecque, attesté dès le IVe siècle avant J.-C., incarne quelque chose que les Anciens avaient compris avant nous : le corps féminin, même dans sa dimension la plus crue, peut être un vecteur de guérison.

Les statuettes archéologiques associées à Baubo sont éloquentes. Elles représentent un visage inscrit là où devrait être le corps, les yeux à la place des seins, la bouche au-dessus du sexe. Une figure grotesque, certes, mais délibérément subversive. L’article de Baubo signé Baptiste Des Monstiers pour Femme Actuelle rappelle à quel point la vie des mères reste complexe à raconter, tiraillée entre valorisation et critique, entre charge invisible et injonctions contradictoires.

Quand le burn-out maternel efface le rire

La France enregistrait 663 000 naissances en 2024, contre plus de 840 000 en 2010, soit une baisse de plus de 21 %. L’âge moyen de la première maternité atteint désormais 31,1 ans. Ces chiffres traduisent une réalité vécue : devenir mère aujourd’hui, c’est souvent naviguer entre des attentes considérables et un soutien insuffisant. Des travaux universitaires, notamment ceux conduits à l’Université Toulouse 2, ont validé l’existence du burn-out maternel comme entité psychologique à part entière, encore peu reconnue dans le parcours de soin. Pour beaucoup de femmes, le corps post-partum, la santé périnéale, la sécheresse vaginale liée aux fluctuations hormonales ou à la ménopause restent des sujets difficiles à aborder, y compris avec un professionnel de santé. 

Réhabiliter le corps des femmes, du mythe à la pharmacie

Ce que Baubo incarne, c’est précisément l’opposé du tabou : un rapport au corps féminin qui n’esquive rien, qui rit plutôt qu’il ne se cache. Cette figure de « sainte folle » guérisseuse a inspiré des approches contemporaines autour de la santé intime, de la rééducation périnéale (remboursée en France après accouchement) ou des soins dédiés au confort vulvovaginal. Consulter son pharmacien sur ces questions reste un réflexe encore trop rare, alors que les solutions existent et gagnent à être connues. Baubo, au fond, ne demandait qu’une chose : arrêter de faire comme si ce corps n’existait pas.

Le rire de Déméter n’était pas une anecdote. C’était un retour à la vie.

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